En
fait le texte de Jean-Louis Tornatore fait écho à une intervention
de l'auteur au parc du haut fourneau U4 à Uckange dans le cadre de
la manifestation 1991-2011,
20 ans après (+ d'infos). Dans une conférence intitulé « D'un
spectacle à l'autre : la vie culturelle d'un haut-fourneau »
Jean-Louis
Tornatore retrace, avec l'aide de films, d'images d'archives et des
extraits sonores, tout le processus de patrimonialisation du haut
fourneau depuis la mise en spectacle de la dernière coulée en 1991
à la mise en lumière du site par Claude Lévêque en 2007 et par la
réalisation d'une exposition et de saisons culturelles. Cette
conférence entre en résonance avec son texte l'« invention
de la Lorraine industrielle » : Note sur un processus en
cours
car nous sommes invités à suivre l'évolution de la
patrimonialisation d'un ancien lieu industriel.
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affiche de la
manifestation 1991-2011, 20 ans après
|
En
effet dans son texte Jean-Louis Tornatore se penche sur la fermeture
de la dernière mine lorraine à Creutzwald en 2004 et regarde
comment cet événement devient culturel, patrimonial et se
transforme presque en cérémonie d'ouverture. Car on peut remarquer
que dans ce cas, il n'y a pas eu de temps vide avant que le lieu soit
investit d'une mission patrimoniale, le lieu a été « muséifié »
dès sa fermeture. Il compare avec plusieurs fermetures en 1979 et
1984 à Longwy où le processus a été beaucoup plus long, avec
notamment une volonté au départ de faire table rase de ce passé en
démantelant les usines, ainsi il y a eu un « trou
de mémoire »
entre les fermetures et la volonté de s’intéresser au patrimoine
ouvrier. Il parle également dans l'article du haut-fourneau U4 et il
montre qu'il y a eu une controverse à la patrimonialisation de ce
site. En effet cette usine a été construit par les allemands durant
l'annexion de l'Alsace-Moselle, et vouloir en faire un symbole
industriel de la nation est alors déplacé. De plus l'U4 était une
usine de production de fonte, c'est-à-dire d'un produit non fini
alors que la sidérurgie lorraine a construit son image sur la
fabrication du fer et de l’acier. Ainsi le texte et la conférence
m'ont permis de comprendre la difficulté du processus de
patrimonialisation d'anciens lieux industriels.
Malheureusement
à la fin de la conférence, il n'y a pas eu de moment pour poser des
questions, ce qui est dommage car plusieurs personnes dans
l'assistance en avaient.
Connaissant une personne qui travaille à Hayange aux hauts
fourneaux Patural d'ArcelorMittal en tant que technicien de
maintenance, j'ai réalisé un entretien avec lui afin d'avoir une
vision d'un salarié. L'entretien a été fait à son domicile et
s'est fait sous la forme d'un entretien non directif.
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| Les hauts-fourneaux à Hayange (Wikipedia). |
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Untel (le prénom a été modifié) considère qu'il travaille dans un lieu patrimonial car ce
sont les derniers hauts-fourneaux de Moselle, et sont des symboles de
l'industrie en Lorraine car aujourd'hui la plupart ont été
démantelés et il précise que le parc d'attraction Walygator a été
construit sur un ancien site sidérurgique. À la question de savoir,
si son lieu de travail devait fermer, s'il rejoindrai (ou créerai)
une association d'anciens salariés, Untel dit que si une telle
association existait, et que son nouveau travail le lui permette, il
la rejoindrai. Quand à savoir si la fermeture donnerai lieu à des
manifestations culturelles comme pour la fermeture de la dernière
mine lorraine à Creutzwad, il n'en est pas sûr, il pense que ça se
mettrai en place au bout de plusieurs années, mais son avis sur un
point est net :
« Euh
des manifestations culturelles, je sais pas, mais des manifs tout
court, ça oui ! »
En
restant dans la supposition, si Patural devait fermer, Untel ne sait
pas si les bâtiments seraient démantelés, « c'est
pas moi qui décide ».
Cependant il souhaite que les hauts-fourneaux soient conservés car
se sont les derniers en activité en Lorraine, en effet s'il y en
avait encore d'autre en activité ça ne le gênerai pas, mais comme
ce n'est pas le cas il donne à ces hauts-fourneaux une valeur
symbolique.
Ainsi
on peut remarquer que la volonté patrimonial existe chez lui car en
cas de fermeture, c'est la fin des hauts-fourneaux en Moselle.
Le
texte Actions mémorielles dans les villes : des miroirs
sans reflets ? de Catherine
Foret est issu des actes du séminaire organisé par l'université de
Lyon 2 en 2004 Interpréter
les mémoires urbaines dans le présent des villes : une
activité publique ?
Le but de la réflexion est de mettre en évidence les enjeux et les
questions que comporte les projets d'actions mémorielles, et en
prenant pour exemple deux projets de transformation urbaine dans
l'agglomération lyonnaise. On peut remarquer que sa réflexion est
applicable à tout projet qui existe d'action mémorielle.
Le texte nous explique que plusieurs enjeux peuvent être à
l'origine des projets d'actions mémorielles. Ainsi elle remarque que
c'est un effet de mode qui est du notamment à la société
post-moderne;tout va très (trop?) vite et le rapport au temps
change, on a besoin de « regarder dans le rétroviseur ».
L'auteur souligne un certain affaiblissement des liens
intergénérationnels et une difficulté de communiquer. La précarité
dans laquelle vivent les habitants des quartiers qui font l'objet de
rénovations urbaines n'arrange rien. Ainsi est souligné la
nécessité de laisser des traces aux descendants.
Mais il faut également souligner que la transmission est difficile
car elle est confrontée à du déni et à des sujets tabous, comme
l'immigration post-coloniale et la guerre d'Algérie. Il est donc
important de résister à une tendance amnésique.
De même l'auteur note qu'il y a souvent une confusion entre les
termes Mémoire et Histoire. En effet il y a une
Histoire mais il y a une pluralité de mémoires et dans les projets
d'actions mémorielles une partie de cette mémoire peut être omise
car la volonté des ces projets est de faire ressortir une mémoire
idéale et insister sur ce qui rassemble en évitant les tabous
(comme dit précédemment l'immigration post-coloniale ou les
troubles du aux décolonisations). Il faut « faire du lien
social, […] recoudre la société », quitte à nier une
partie de la mémoire de certains habitants. Ainsi la question est
posée de savoir si cela ne renforce t-il pas le sentiment de rejet
et de marginalisation que peuvent avoir d'autres habitants qui ne se
reconnaissent pas dans la définition choisie de l'histoire. Bref, la
volonté de faire un consensus peut être un frein aux actions
mémorielles.
Notons par ailleurs que l'expression de cette mémoire peut être
douloureuse alors que l'ambition des acteurs culturels est l'inverse.
L'auteur note également une contradiction entre la « tendance
de sacralisation de la parole et sa dévalorisation de fait ».
Que faire des paroles recueillies ? On peut noter que souvent
ces paroles sont « jetées en l'air » ou
« brul[ées] dans une unique représentation artistique qui
n'est ni enregistrée ni filmée ». Mais alors pourquoi
avoir recueilli la mémoire des habitants si ce n'est pas pour la
garder et la valoriser ? Quelle mémoire construit-on en jetant
les paroles en l'air ? On remarque en parallèle que les
institutions ne sont pas investies dans ces projets d'actions
mémorielles. L'idée est émise de travailler en partenariat avec
les services d'archives municipales, ce qui permettrai aux habitants
d'avoir l'impression de faire partie de l'Histoire et compter pour
quelque chose. Ainsi on peut se dire que travailler avec les archives
municipales (ou départementales) pour d'abord accéder à la mémoire
puis pour la déposer permettrait de la légitimer. L'auteur cite un
responsable d'équipement sociale : « si on était là
[dans les archives], n'importe qui pourrait accéder à nos
histoires. Ce serait un facteur d'intégration et de
reconnaissance ».
La lecture et l'analyse de ces textes m'ont donc permis de m’intéresser aux
enjeux de la mémoire dans les actions culturelles et de comprendre
que le travail sur la mémoire est donc complexe et sujette à de
nombreuses interprétations.